OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Le conseiller médias de Sarkozy prône Hadopi et la démocratie sur Twitter http://owni.fr/2009/08/24/le-conseiller-medias-de-sarkozy-prone-hadopi-et-la-democratie-sur-twitter/ http://owni.fr/2009/08/24/le-conseiller-medias-de-sarkozy-prone-hadopi-et-la-democratie-sur-twitter/#comments Mon, 24 Aug 2009 16:31:33 +0000 Guillaume Champeau http://owni.fr/?p=2718 Oui, les deux choses n’ont pas grand chose à voir. En apparence. Mais dans une étrange tribune publiée dans Le Monde, Frank Louvrier, conseiller de Nicolas Sarkozy pour la communication et la presse, estime que la loi Hadopi met la France à l’avant-garde d’un système qui doit permettre de connaître la source des communications véhiculées notamment sur Twitter.

Lorsqu’un conseiller à la présidence de la République prend la plume, le message est important. Mais pas toujours clair. Frank Louvrier, conseiller pour la communication et la presse auprès de Nicolas Sarkozy, a publié dans Le Monde une longue tribune sur le “potentiel démocratique” d’Internet, à laquelle nous ne sommes pas certain d’avoir tout compris. Sans doute la fatigue de la fin de semaine, à moins que le message ne soit volontairement flou et ambigu. Il semble, en tout cas, vouloir défendre le rôle primordial de la presse professionnelle pour filtrer le bon grain de l’ivraie sur Internet, et s’appuie étrangement sur Hadopi comme un exemple à suivre.

Notons d’abord le choix des mots dans le titre de sa tribune : “Internet et son potentiel démocratique”. Internet n’est donc pas encore démocratique selon le conseiller de l’Elysée, mais il en a simplement le potentiel. Cette locution seule mériterait un long commentaire, que nous vous épargnerons.

On notera par ailleurs que Frank Louvrier reconnaît que, dans son avis de censure partielle de la loi Hadopi, “le Conseil constitutionnel a reconnu définitivement l’accès à Internet comme un droit fondamental des Français“, ce qu’avait pourtant encore contesté le gouvernement et le rapporteur Frank Riester à l’Assemblée lors de l’examen de l’Hadopi 2. Il reconnaît aussi, ce qui sera à rappeler lors des débats sur la loi Loppsi notamment, que “la dynamique de la technologie finit toujours par permettre le contournement des filtrages et des blocages“, et que “aucune solution technologique ne peut vraiment mettre fin à la copie“. C’est déjà un progrès par rapport aux discours soutenus par l’UMP lors de l’examen de la loi DADVSI, il y a seulement quatre ans. Mais que cache-t-il ?

Avec Hadopi la France est “à l’avant-garde” de la démocratie, selon Louvrier

La tribune de Frank Louvrier évoque d’abord longuement la question des tentatives de censure de Twitter en Iran, et se réjouit que l’outil ait pu permettre aux iraniens contestataires de s’exprimer et d’apporter des informations aux médias du monde entier. “C’est l’axe de la démocratie réelle sur lequel le peuple iranien donne au monde une leçon de courage et de maturité“, écrit-il. Il note que “la version moderne et technologie de la censure“, le filtrage, “semble perdre du terrain“. Et il s’en félicite.

Mais Frank Louvrier attribue bizarrement ce succès de Twitter au “caractère authentique de ses contenus, du fait que j’identifie la personne que je lis à un alter ego“. Comme si l’anonymat n’avait pas cours sur Twitter, et n’avait pas justement permis à beaucoup d’iraniens de s’exprimer sans crainte de représailles, parce qu’ils n’étaient pas identifiables.

M. Louvrier veut voir dans Twitter un outil où la source de l’information doit être authentifiée pour être crédible. “Ce qui menace Twitter, c’est moins la censure que la contrefaçon, la copie, en somme, le faux“, dit-il, en appelant le lecteur internaute à se méfier du “faux témoignage (écrit, photo ou vidéo) qui viendrait d’une source déguisée, d’une source officielle et politique qui ne dirait pas son nom pour mieux instrumentaliser l’émotion de ses effets“. Genre une vraie-fausse cliente d’Intermarché sur Twitter.

L’enjeu central pour nos démocraties est de savoir protéger l’authenticité de ce lien numérique entre les citoyens du monde. L’enjeu est la vérification des sources, dont la responsabilité repose sur la vigilance des professionnels de l’information“, écrit Frank Louvrier.

Puisque le gouvernement ne peut pas filtrer Twitter et autres sites Internet, ni politiquement ni techniquement, l’idée est donc de confier aux médias traditionnels le soin de s’établir eux-mêmes comme des filtres de confiance, capables de voir sur Twitter qui dit vrai et qui dit faux.

Il assure qu’en la matière, “c’est bien la France qui est à l’avant-garde“. “Plus que tout autre débat sur la planète, c’est le cas Hadopi qui pose aujourd’hui les questions auxquelles nos sociétés devront répondre demain sur le terrain de la démocratie“, ajoute-t-il sans apporter d’explication précise sur le lien avec la loi Hadopi.

Moins que la lutte contre le piratage, dont il semble croire en substance qu’elle est vouée à l’échec, Franck Louvrier veut pouvoir identifier et protéger la source de l’oeuvre, l’auteur. L’auteur d’une chanson, ou l’auteur d’un message sur Twitter ou ailleurs. “L’enjeu est de s’assurer que la vaste diffusion de son message n’étouffe jamais le lien qui l’unit à chacun de ses destinataires. Que la reconnaissance de la source soit partie intégrante de la construction du sens (…) Reconnaître le caractère inaliénable d’un témoignage personnel, tel est le sens profond de la réflexion en cours dans Hadopi, qui rayonne bien au-delà de l’industrie du disque, jusqu’au sens de notre vie en commun dans une démocratie“.

Entre les lignes, le conseiller de Nicolas Sarkozy reprend la dialectique qu’avait déjà exprimé en son temps Renaud Donnedieu de Vabres, lorsqu’il avait prévenu que la loi DADVSI n’était “que le premier (texte) d’une longue série d’adaptations de notre droit à l’ère numérique“. Il défend sans le dire clairement l’idée de labelliser les sites de presse et les offres “légales” de contenus en ligne, contre les bloggeurs-journalistes-du-dimanche et autres pirates qui brouillent la “reconnaissance de la source“.

On espère toutefois que sa tribune et cet attachement à la personnalisation des messages ne présage pas de l’idée d‘imiter la Corée du Sud pour exiger que tout site Web communautaire recueille la carte d’identité des membres avant de leur donner la possibilité de publier des contenus en ligne. C’est une dérive que nous n’avions pas osé imaginer dans notre décryptage de la politique de contrôle du net de Nicolas Sarkozy.

Artcile initialment publié sur Numérama

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L’internet et son potentiel démagogique http://owni.fr/2009/08/22/internet-et-son-potentiel-demagogique/ http://owni.fr/2009/08/22/internet-et-son-potentiel-demagogique/#comments Sat, 22 Aug 2009 10:20:05 +0000 Epelboin http://owni.fr/?p=2613 franck-louvrier-le-monde Alors que l’UMP s’apprête à sortir un site de campagne communautaire dont beaucoup prédisent qu’il sera au pire un champ de bataille, au mieux une ‘zone verte’ à l’Irakienne, le conseiller en communication de la présidence se laisse aller à un parallèle entre Obama, Twitter, l’Iran et Hadopi, trouvant, par un procédé ‘dialectique’ connu sous le nom d’association libre un ultime moyen de justifier la loi Hadopi 2.

La rigueur du raisonnement prête à rire, mais les faits que Franck Louvrier met bout à bout – à défaut de les articuler – sont pour la plupart parfaitement inexacts. A priori, il ne s’agit même pas d’un mensonge, mais plutôt d’une ignorance crasse du sujet qu’aborde le conseiller en communication de l’Elysée : si l’on savait de quoi l’on parle en matière d’internet dans l’intimité du pouvoir, on en serait jamais arrivé là.

Les Iraniens se marrent

Enfin… Presque. A vrai dire, il y a en réalité très peu de chance que les Iraniens apprécient d’être ainsi instrumentalisés pour défendre une loi rédigée par des lobbies de l’industrie du disque refusant le temps qui passe avec autant de vigueur qu’une octogénaire Californienne à la veille de son ultime lifting. Pas plus qu’il n’apprécieraient de voir leur histoire contemporaine réécrite pour les besoins de la communication d’un chef d’état étranger.

La réalité de l’usage de Twitter, lors des émeutes suites aux dernières élections Iraniennes, est fort éloignée de ce que décrit le conseiller en communication de l’Elysée, il faut dire que les contresens qu’il aligne sont issus de la presse dans laquelle il publie sa tribune.

Il n’existe en réalité qu’à peine quelques centaines d’utilisateurs actifs sur Twitter en Iran, pas grand monde, en réalité. Et si le pouvoir a bel et bien tenté de polluer Twitter avec des ‘faux’, ceux-ci ont été presque immédiatement repérés, isolés et exclus. Leur impact a été nul.

A aucun moment, durant la ‘révolution verte’ Twitterisée, le pouvoir Iranien n’aura réussi à ne serait-ce que perturber le canal de communication établit par cette chaîne humaine établie à travers Twitter, et ce n’est pas faute d’avoir essayé, bien au contraire. Franck Louvrier peut se rassurer, il n’y a aucun risque de voir Tweeter menacé par des contrefacteurs, ceux-ci en sont exclus rapidement, ce type de communauté, comme la plupart des communautés sur internet, s’autorégule.

La réputation sur internet

C’est encore un aspect des réseaux et du web 2.0 qui aura échappé à l’Elysée et à ses conseillers. Sur le web, vous disposez d’un capital réputationel, et si vous faites n’importe quoi, votre réputation tombe à zéro assez rapidement. Du coup, votre pouvoir d’influence disparaît, ainsi que celui qui consisterait à manipuler l’opinion des autres.

Un drame pour un conseiller habitué à utiliser une presse au ordres pour faire précisément cela.

L’internet, ce foutu internet, n’obéit décidément pas aux même règles, aux même logiques, autant dire que les opérations à venir d’Elysée.fr et des “Créateurs du possible” sont très mal parties.

Dieu merci, Le Monde est là, et même si son tirage est inférieur à celui d’un journal municipal et ses statistiques de fréquentation aussi crédibles qu’un sondage Opinion Way, (autant dire fort éloignées de la réalité) il est (encore) lu (et cru) par bon nombre de parlementaires, or c’est bien à eux que la tribune de Franck Louvrier est destinée.

“Ce qui menace Twitter, c’est moins la censure que la contrefaçon, la copie”

Oui, sans le savoir, Franck Louvrier a raison. La copie, connue sur Twitter sous le nom de Retweet, est une véritable menace. Elle brouille la lisibilité de Twitter, diminue le nombre de caractères disponibles – déjà que 140 ce n’est pas beaucoup – oui, osons le dire bien haut, Franck Louvrier a raison, la copie menace Twitter, et il est temps de faire quelque chose.

Twitter a d’ailleurs bien entendu la complainte de Franck Louvrier. Sous peu, son API permettra d’intégrer directement le mécanisme de copie – de retweet – (ou de contrefaçon, question de point de vue) afin d’en faciliter l’usage et d’en démultiplier la force. Bientôt ce mécanisme de “buzz” dont Mr Louvrier chante les louanges sera encore plus puissant. De quoi se plaint-il donc, dès lors ?

De rien, en pratique. C’est un passage obligé dans ce qui lui fait office de démonstration pour passer de la révolution Iranienne, via de supposés copieurs de Tweet – ceux qui ont participé à la propagation des messages issus d’Iran -, amalgamés à un pouvoir Iranien qui aurait émis de fausses informations via Twitter (on met les deux dans le même panier, donc), qui lui permet, dans une démonstration plus qu’acrobatique, de rebondir sur Hadopi.

“il en va de même pour l’étudiant révolté des rues de Téhéran que pour l’artiste qui enregistre sa chanson à Paris : l’enjeu est de s’assurer que la vaste diffusion de son message n’étouffe jamais le lien qui l’unit à chacun de ses destinataires.”

Adieu donc viralité et réseau propre au web 2.0, on chante ici les louanges des bon vieux mass média d’antan, qu’il suffisait de contrôler pour s’assurer d’une certaine emprise sur l’opinion. Plusieurs commentateurs voient même dans les propos de Franck Louvrier l’annonce d’une labelisation de site s des sites d’information “sérieux” (entendez : contrôlés par des amis), afin d’aider les pauvres citoyens à distinguer entre une information officelle et une information qu’on préfèrerait cacher.

Échange de bon procédés pour Le Monde ? Alors que l’audience de son site web s’effondre, le journal – qui a passé Hadopi sous silence jusqu’au dernier moment (on se demande pourquoi… ou pas) – aurait bien besoin d’un tel label pour contrer la montée en puissance des blogs et autres “pure players” où l’information est plus… libre.

Reste que comparer des Iraniens qui risquent leur vie en défendant une certaine idée de la démocratie à Maxime Leforestier qui risque de voir son ISF diminuer l’année prochaine si ses ventes d’albums continuent de chuter, voilà que ne va pas contribuer à faire remonter l’image de la France en Iran, que ce soit sur le plan de la morale et de l’éthique ou celui de la rigueur intellectuelle.

“L’enjeu est la vérification des sources, dont la responsabilité repose sur la vigilance des professionnels de l’information”

Absolument, mais où sont-ils, ces professionnels ? Au Monde ? Il y a quelques mois, c’est en faisant un parallèle entre piratage et terrorisme que ce qui fut naguère un journal respectable justifiait Hadopi. La source ? Un lobby dirigé par les plus éminent néo conservateurs américain qui a beaucoup œuvré pour la guerre en Irak.

Faire passer les pirates pour les financiers d’Al Quaïda n’a pas marché, essayons donc de les assimiler au pouvoir Iranien.

Appliquer à ceux qui ‘partagent’ sur internet les même méthodes de dénigrement et de propagande que celle qu’avait appliqué Georges Bush à tous ceux contre qui ils souhaitait partir en guerre, la ficelle est un peu grosse, non ?

Le territoire médiatique qui semble se dessiner pour accompagner l’arrivée d’Elysée.fr dans la sphère des média semble curieusement familier pour ceux qui ont suivit l’évolution des média aux Etats Unis ces dix dernières année. Une fois de plus, la France est à la traine et suit ce qu’il s’y passe avec un temps de retard. Vivement Obama.fr.

Je résilierai bien mon abonnement au Monde… mais c’est déjà fait.

Article cross posté sur Read/Write France

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