OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 De Woodstock au Printemps de Bourges-Crédit Mutuel http://owni.fr/2011/05/04/de-woodstock-au-printemps-de-bourges-credit-mutuel/ http://owni.fr/2011/05/04/de-woodstock-au-printemps-de-bourges-credit-mutuel/#comments Wed, 04 May 2011 15:08:59 +0000 Hélène David http://owni.fr/?p=31725

From now on, it’s a free concert.

Nous sommes en fin de journée, ce 15 août 1969. L’organisateur qui prononce cette phrase (« dorénavant, le concert est gratuit »), devant près de 500.000 festivaliers, ne se doute pas de l’engouement historique que va susciter ce Woodstock Music and Art Fair.

L’ambiance est à l’antimilitarisme, au flower power, à l’utopie collective. Ces trois jours auront vu se produire les meilleurs musiciens que compte alors l’Amérique. Et lorsque les barrières tombent, sous la masse des spectateurs, l’événement qui allait être le cœur du « summer of love », en plus d’être fondateur de la culture pop-rock, allait être gratuit.

Cette gratuité n’est pas tant à mettre sur le compte d’un désintéressement financier de l’organisation que sur leur débordement face au torrent des festivaliers, combiné à une ambiance de “paix et d’amour” qui laissait penser que tout était possible. A vrai dire, en 69 non plus, on n’organisait pas un festival de cette ampleur sans espérer glaner quelques dollars.

Un an plus tard, au sud de l’Angleterre, le festival de l’Ile de Wight accueille lui aussi des centaines de milliers de spectateurs. Quelques heures après le début des festivités, les palissades installées pour éviter aux resquilleurs de ne pas payer les trois livres d’entrée tombent à leur tour. Le mécontentement des festivaliers a eu raison de l’organisation. Les concerts seront gratuits. (Voir les images d’archive)

L’innocence perdue de la production

Dans une interview [EN] accordée en 2003 au quotidien turc Hürriyet, Michael Lang, l’organisateur de Woodstock et de plusieurs autres festivals, expliquait ce qui à ses yeux, avait changé depuis cette époque :

La chose qui a le plus changé, c’est que l’on vit dans un monde beaucoup moins innocent.

Trente ans après l’édition mythique de Woodstock 1969, le concert anniversaire de 1999 accueillait près de 600.000 spectateurs, probablement attirés par l’idée de toucher du doigt cette innocence perdue. Tarif : 150 dollars pour les trois jours.

Quant au festival de l’Ile de Wight, c’est 150 livres (pour les non campeurs) qu’il faudra débourser cette année pour assister aux concerts de Kasabian, Foo Fighters ou encore Beady Eye (ou Oasis recyclé). Aussi prestigieux soient-ils, les festivals sont devenus une industrie à part entière. Il n’y a guère qu’en France qu’on semble encore s’en cacher.

Lorsqu’en 2008, le mastodonte Live Nation [EN] -entreprise organisatrice de concert et tourneur-, prend le contrôle du Main Square Festival, les critiques se font entendre. Elles sont relayées en avril 2010 dans Le Monde, dans un article intitulé “La France conquise par Live Nation, numéro 1 du spectacle”:

Cette structure de douze salariés (dont plusieurs débauchés chez la concurrence) gère sur le territoire français le catalogue international du groupe – qu’il s’agisse des artistes signés “globalement” par Live Nation (Madonna, U2, les Rolling Stones, Jay-Z, Shakira…), suivant le principe des contrats à 360° incluant la scène mais aussi le disque et le merchandising, ou des tournées achetées au coup par coup, comme celles de Rihanna ou Lady Gaga. Sur ce créneau, la concurrence est rude pour les producteurs français. “Difficile de lutter quand il s’agit de deals internationaux“, admet Salomon Hazot, patron de la société Nous Productions, qui a récemment perdu divers artistes au profit de Live Nation.

La culture fast-food, à la sauce rock

Certains -rares- irréductibles boycottent ce genre d’organisation. Fan de la première heure de Kasabian, Delphine, pourtant lilloise, n’ira pas assister au concert de ses idoles cet été à Arras, parce qu’elle désapprouve le fonctionnement du tourneur :

Par principe, je boycotte Live Nation. Sauf exception. Parce que bon, puisqu’ils contrôlent 90% du marché, pas facile d’y échapper…

Les autres, pour la plupart, s’en fichent comme de l’an 40, ou se rendent simplement à l’évidence: la musique est un business. Benoît Sabatier est de ceux là. Rédacteur en chef adjoint de Technikart, habitué des festivals depuis ses plus jeunes années et spécialiste de la culture pop, il ne se fait plus d’illusion sur la nature de ces grands rassemblements dont il reste friand, mais qu’il nomme, sens de la formule oblige, “parcs d’attraction bien taxés avec déglingue tolérée”:

Les festivals, c’est le relevé des comptes de l’industrie. Une affiche se monte à coup de billets. On paye, on pointe, on se baffre, on enchaîne les groupes. C’est le côté fast-food du rock. Fast-rock : on bouffe un peu de Strokes, un bout d’Arcade Fire, une aile de Massive Attack, on arrose de Soulwax et on fait passer avec des rasades de Queens of the Stone Age… Dans un festival, la musique est un prétexte. C’est la colonne vertébrale, mais ce qu’on en retient à l’arrivée, c’est aussi comment était la bière, qui on a rencontré, où on a dérapé et comment on a fini. Niveau musique, un festival fait plus business parce que cette sortie rejoint celle que font les familles à Disneyland. Il y a un prix d’entrée, et il faut mettre sa main à sa poche pour toutes les animations annexes.

Le rock dépolitisé

On le sait, la musique est une industrie. Le live en est l’un des piliers. L’innocence des hippies de 69 s’est probablement évaporée, mais ce n’est pas tout. Notre rapport à la musique, la façon dont on la “consomme” et ce qu’on y investit ont complètement changé. C’est ce qui explique aussi en partie l’évolution des grandes messes du rock depuis les années 60.

Aux chansons folk des années 60-70, qui invitaient à une prise de position politique et conduisaient tous ses amateurs à se ranger aux grandes idées de la jeunesse hippie de l’époque, ont succédé des groupes souvent meilleurs musicalement, mais détachés de tout engagement politique.

La jeunesse de Woodstock reprenait le “give me a F, give me a U, give me a C, give me a K” de Country Joe McDonald, exprimant ainsi son opposition résolue à la guerre de Vietnam. Le top de l’engagement aujourd’hui, ce sont les néons “eco-friendly” de Radiohead, ou les verres recyclables. Les Dylan, Baez ou Hendrix d’hier ont été remplacés par de gentilles icônes pop ou des méga groupes qui envoient des décibels, mais ne font plus de discours.

C’en est fini du rock comme propulseur d’une idéologie politique, censé être en totale déconnexion avec l’idée même de faire de l’argent.  Aujourd’hui, le rock sert aussi à faire de l’argent. Ou plutôt, comme l’explique Benoît Sabatier de Technikart, on a cessé de se mentir à ce sujet:

Dans les années 60-70, le rock est lié au gauchisme. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Le rock, s’il reste de gauche, est un produit totalement lié au libéralisme. Il l’est à la base: Elvis et les Beatles étaient soumis à la loi du marché, mais dans les années contre-culture, 60-70, le rock devait, de façon soit utopique, soit hypocrite, faire comme si régnait le désintéressement face à l’affreux Dieu dollar. Surtout dans les Festivals. Vu d’aujourd’hui ça semble dingo: un festival, dans les sixties, devait être gratuit. Le public de hippies trouvait inconcevable, anti-rock, de devoir payer un droit d’accès. Il y avait une pression énorme. Il pouvait y avoir une part d’opportunisme, (notamment les festivals gratuits pour vendre plus de disques payants), mais aussi un vrai côté généreux, communautaire, festif, anti-matérialiste. C’était logique, idéologique. Progressivement l’industrie a vu dans les seventies que le rock n’était pas une mode éphémère mais un entertainment juteux: à partir des années 80, l’idée de gratuité des Festivals était un souvenir fumeux et chevelu.

Le côté festif est resté intact. Les concerts ont valeur d’entertainment. L’idéologie et la contestation qui leur étaient autrefois associés ont disparu. Une révolution digne des années 70, pour que les barrières tombent et les artistes jouent gratuitement, est-elle encore possible? Réponse de Benoît Sabatier:

Non. Il existe encore des petits festivals gratuits, qui fonctionnent grâce à des subventions, mais autrement tout le monde a accepté le fait que si on veut voir un artiste il faut passer à la caisse. C’est quand même normal : maintenant que l’on a trouvé comment pirater les disques, le live reste un dernier rempart pour qu’ artistes et industries puissent vivre de leur boulot.


> Benoît Sabatier a signé une édition poche et actualisée de “Nous sommes jeunes, nous sommes fiers“.  “Culture jeune – l’épopée du rock” paraîtra le premier juin aux éditions Fayard/Pluriel.

> Illustrations: Image de clé FlickR CC ketou, affiche du festival de Woodstock dbking

Vous pouvez retrouver nos articles sur le dossier festivals : Jeunes artistes : laissez-les chanter et Festivals cherchent finances

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C’était mieux avant? http://owni.fr/2011/04/29/cetait-mieux-avant/ http://owni.fr/2011/04/29/cetait-mieux-avant/#comments Fri, 29 Apr 2011 14:36:56 +0000 Hélène David http://owni.fr/?p=59100

From now on, it’s a free concert.

Nous sommes en fin de journée, ce 15 août 1969. L’organisateur qui prononce cette phrase (« dorénavant, le concert est gratuit »), devant près de 500.000 festivaliers, ne se doute pas de l’engouement historique que va susciter ce Woodstock Music and Art Fair.

L’ambiance est à l’antimilitarisme, au flower power, à l’utopie collective. Ces trois jours auront vu se produire les meilleurs musiciens que compte alors l’Amérique. Et lorsque les barrières tombent, sous la masse des spectateurs, l’événement qui allait être le cœur du « summer of love », en plus d’être fondateur de la culture pop-rock, allait être gratuit.

Cette gratuité n’est pas tant à mettre sur le compte d’un désintéressement financier de l’organisation que sur leur débordement face au torrent des festivaliers, combiné à une ambiance de “paix et d’amour” qui laissait penser que tout était possible. A vrai dire, en 69 non plus, on n’organisait pas un festival de cette ampleur sans espérer glaner quelques dollars.

Un an plus tard, au sud de l’Angleterre, le festival de l’Ile de Wight accueille lui aussi des centaines de milliers de spectateurs. Quelques heures après le début des festivités, les palissades installées pour éviter aux resquilleurs de ne pas payer les trois livres d’entrée tombent à leur tour. Le mécontentement des festivaliers a eu raison de l’organisation. Les concerts seront gratuits. (Voir les images d’archive)

L’innocence perdue de la production

Dans une interview [EN] accordée en 2003 au quotidien turc Hürriyet, Michael Lang, l’organisateur de Woodstock et de plusieurs autres festivals, expliquait ce qui à ses yeux, avait changé depuis cette époque :

La chose qui a le plus changé, c’est que l’on vit dans un monde beaucoup moins innocent.

Trente ans après l’édition mythique de Woodstock 1969, le concert anniversaire de 1999 accueillait près de 600.000 spectateurs, probablement attirés par l’idée de toucher du doigt cette innocence perdue. Tarif : 150 dollars pour les trois jours.

Quant au festival de l’Ile de Wight, c’est 150 livres (pour les non campeurs) qu’il faudra débourser cette année pour assister aux concerts de Kasabian, Foo Fighters ou encore Beady Eye (ou Oasis recyclé). Aussi prestigieux soient-ils, les festivals sont devenus une industrie à part entière. Il n’y a guère qu’en France qu’on semble encore s’en cacher.

Lorsqu’en 2008, le mastodonte Live Nation [EN] -entreprise organisatrice de concert et tourneur-, prend le contrôle du Main Square Festival, les critiques se font entendre. Elles sont relayées en avril 2010 dans Le Monde, dans un article intitulé “La France conquise par Live Nation, numéro 1 du spectacle”:

Cette structure de douze salariés (dont plusieurs débauchés chez la concurrence) gère sur le territoire français le catalogue international du groupe – qu’il s’agisse des artistes signés “globalement” par Live Nation (Madonna, U2, les Rolling Stones, Jay-Z, Shakira…), suivant le principe des contrats à 360° incluant la scène mais aussi le disque et le merchandising, ou des tournées achetées au coup par coup, comme celles de Rihanna ou Lady Gaga. Sur ce créneau, la concurrence est rude pour les producteurs français. “Difficile de lutter quand il s’agit de deals internationaux“, admet Salomon Hazot, patron de la société Nous Productions, qui a récemment perdu divers artistes au profit de Live Nation.

La culture fast-food, à la sauce rock

Certains -rares- irréductibles boycottent ce genre d’organisation. Fan de la première heure de Kasabian, Delphine, pourtant lilloise, n’ira pas assister au concert de ses idoles cet été à Arras, parce qu’elle désapprouve le fonctionnement du tourneur :

Par principe, je boycotte Live Nation. Sauf exception. Parce que bon, puisqu’ils contrôlent 90% du marché, pas facile d’y échapper…

Les autres, pour la plupart, s’en fichent comme de l’an 40, ou se rendent simplement à l’évidence: la musique est un business. Benoît Sabatier est de ceux là. Rédacteur en chef adjoint de Technikart, habitué des festivals depuis ses plus jeunes années et spécialiste de la culture pop, il ne se fait plus d’illusion sur la nature de ces grands rassemblements dont il reste friand, mais qu’il nomme, sens de la formule oblige, “parcs d’attraction bien taxés avec déglingue tolérée”:

Les festivals, c’est le relevé des comptes de l’industrie. Une affiche se monte à coup de billets. On paye, on pointe, on se baffre, on enchaîne les groupes. C’est le côté fast-food du rock. Fast-rock : on bouffe un peu de Strokes, un bout d’Arcade Fire, une aile de Massive Attack, on arrose de Soulwax et on fait passer avec des rasades de Queens of the Stone Age… Dans un festival, la musique est un prétexte. C’est la colonne vertébrale, mais ce qu’on en retient à l’arrivée, c’est aussi comment était la bière, qui on a rencontré, où on a dérapé et comment on a fini. Niveau musique, un festival fait plus business parce que cette sortie rejoint celle que font les familles à Disneyland. Il y a un prix d’entrée, et il faut mettre sa main à sa poche pour toutes les animations annexes.

Le rock dépolitisé

On le sait, la musique est une industrie. Le live en est l’un des piliers. L’innocence des hippies de 69 s’est probablement évaporée, mais ce n’est pas tout. Notre rapport à la musique, la façon dont on la “consomme” et ce qu’on y investit ont complètement changé. C’est ce qui explique aussi en partie l’évolution des grandes messes du rock depuis les années 60.

Aux chansons folk des années 60-70, qui invitaient à une prise de position politique et conduisaient tous ses amateurs à se ranger aux grandes idées de la jeunesse hippie de l’époque, ont succédé des groupes souvent meilleurs musicalement, mais détachés de tout engagement politique.

La jeunesse de Woodstock reprenait le “give me a F, give me a U, give me a C, give me a K” de Country Joe McDonald, exprimant ainsi son opposition résolue à la guerre de Vietnam. Le top de l’engagement aujourd’hui, ce sont les néons “eco-friendly” de Radiohead, ou les verres recyclables. Les Dylan, Baez ou Hendrix d’hier ont été remplacés par de gentilles icônes pop ou des méga groupes qui envoient des décibels, mais ne font plus de discours.

C’en est fini du rock comme propulseur d’une idéologie politique, censé être en totale déconnexion avec l’idée même de faire de l’argent.  Aujourd’hui, le rock sert aussi à faire de l’argent. Ou plutôt, comme l’explique Benoît Sabatier de Technikart, on a cessé de se mentir à ce sujet:

Dans les années 60-70, le rock est lié au gauchisme. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Le rock, s’il reste de gauche, est un produit totalement lié au libéralisme. Il l’est à la base: Elvis et les Beatles étaient soumis à la loi du marché, mais dans les années contre-culture, 60-70, le rock devait, de façon soit utopique, soit hypocrite, faire comme si régnait le désintéressement face à l’affreux Dieu dollar. Surtout dans les Festivals. Vu d’aujourd’hui ça semble dingo: un festival, dans les sixties, devait être gratuit. Le public de hippies trouvait inconcevable, anti-rock, de devoir payer un droit d’accès. Il y avait une pression énorme. Il pouvait y avoir une part d’opportunisme, (notamment les festivals gratuits pour vendre plus de disques payants), mais aussi un vrai côté généreux, communautaire, festif, anti-matérialiste. C’était logique, idéologique. Progressivement l’industrie a vu dans les seventies que le rock n’était pas une mode éphémère mais un entertainment juteux: à partir des années 80, l’idée de gratuité des Festivals était un souvenir fumeux et chevelu.

Le côté festif est resté intact. Les concerts ont valeur d’entertainment. L’idéologie et la contestation qui leur étaient autrefois associés ont disparu. Une révolution digne des années 70, pour que les barrières tombent et les artistes jouent gratuitement, est-elle encore possible? Réponse de Benoît Sabatier:

Non. Il existe encore des petits festivals gratuits, qui fonctionnent grâce à des subventions, mais autrement tout le monde a accepté le fait que si on veut voir un artiste il faut passer à la caisse. C’est quand même normal : maintenant que l’on a trouvé comment pirater les disques, le live reste un dernier rempart pour qu’ artistes et industries puissent vivre de leur boulot.


> Benoît Sabatier a signé une édition poche et actualisée de “Nous sommes jeunes, nous sommes fiers“.  “Culture jeune – l’épopée du rock” paraîtra le premier juin aux éditions Fayard/Pluriel.

> Illustrations: Image de clé FlickR CC hddod, affiche du festival de Woodstock dbking

Vous pouvez retrouver nos articles sur le dossier festivals : Jeunes artistes : laissez-les chanter et Festivals cherchent finances

Image de Une Mick ㋡rlosky

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http://owni.fr/2011/04/29/cetait-mieux-avant/feed/ 2
Et si Bobby Kennedy n’avait pas été assassiné ? http://owni.fr/2010/09/03/et-si-bobby-kennedy-n%e2%80%99avait-pas-ete-assassine/ http://owni.fr/2010/09/03/et-si-bobby-kennedy-n%e2%80%99avait-pas-ete-assassine/#comments Fri, 03 Sep 2010 17:33:29 +0000 Thierry Keller (Usbek & Rica) http://owni.fr/?p=26955 Qu’est-ce qu’une uchronie ? L’uchronie est un genre littéraire, souvent au service de la réflexion politique. Il consiste en la réécriture de l’histoire à partir de la modification d’un événement passé. L’uchronie est donc la création d’une histoire alternative qui part à la recherche des possibles. C’est un instrument d’imagination politique qui démarre souvent par ce fameux : « Et si… ? »

La vraie histoire de Bobby Kennedy

Frère cadet de John Fitzgerald Kennedy, Robert Francis Kennedy, dit Bobby, est nommé ministre de la Justice par son frère en 1961. Il a 35 ans. Marié à Ethel et père de onze enfants, Bobby est un homme tourmenté et profondément marqué par l’assassinat de son frère en 1963. Alors qu’il incarne la bien-pensance blanche et catholique de la côte Est, Bobby opère dans la seconde moitié des années 1960 un spectaculaire virage à gauche. Opposé fermement à la guerre du Vietnam, farouche partisan du droit des minorités et porte-parole des pauvres, il brigue la candidature démocrate lors des primaires de 1968. Alors qu’il a de fortes chances de l’emporter, il est assassiné à l’hôtel Ambassador, à Los Angeles, le 5 juin 1968. Des millions d’Américains accompagnent sa dépouille le long du chemin de fer qui relie New York à Washington. Son nom restera à jamais gravé dans la mémoire collective comme celui qui aurait pu donner à l’Amérique un autre destin. À l’opposé des années Nixon ou Reagan. « Seuls ceux qui prennent le risque d’échouer spectaculairement réussiront brillamment », Bobby Kennedy.

1-Le miraculé

Le jour où Bobby Kennedy a survécu

Extrait de Mon journal d’Amérique, de Jeff Pomerol de Launac

« Los Angeles, hôtel Ambassador, 5 juin 1968.
On se croirait au Shea Stadium. Mêmes filles prises de délire, même indescriptible ferveur, même électricité dans l’air. Et même sentiment profond d’être au centre du monde. Mais ce ne sont pas aux Beatles que s’adressent les hurlements fanatiques de ces jolies Américaines en robe blanche. C’est au sénateur Robert Francis Kennedy, dit Bobby. Celui-ci vient de remporter les primaires démocrates de Californie. Et ce n’est pas non plus la joie qui provoque leurs convulsions et fait jaillir leurs larmes. C’est l’effroi. Car elles ont tout vu. Elles étaient là, au premier rang, avec leur canotier « Kennedy for President », quand l’individu a fait feu. Un membre du staff monte à la tribune, celle-là même où quelques instants plus tôt le frère du défunt président avait prononcé, aux côtés de sa femme Ethel, la mère de leurs onze enfants, le discours de la victoire. Il s’empare du micro et déclare, la voix blanche : « Senator Kennedy was shot. »

Dès lors, c’est la confusion. Les salons de l’hôtel Ambassador, en liesse cinq minutes plus tôt, se métamorphosent en scène de crime. Les rares effectifs de police sont débordés. Excitées par l’odeur du sang, les caméras se fraient un chemin vers l’ombre gisante du sénateur. On entend crier : « A doctor, we need a doctor ! » Ils sont trois, penchés sur le corps inerte. L’un d’eux tente de lui parler mais, déjà, il est inconscient. Une tache sombre se répand sur le sol. Cela dure un temps fou. « Dix minutes, quinze peut-être », dira un témoin à la télévision. Enfin, Robert Kennedy est évacué. Par les cuisines…

Quelques instants plus tard, encore sous le choc, les anonymes massés devant l’hôpital où il subit les premiers soins voient défiler des camions de pompiers. À deux pas, un incendie ravage un block entier. Information prise, il n’y a pas de rapport avec l’attentat. À la télé, les flashs spéciaux évoquent les thèses les plus contradictoires. Que s’est-il passé exactement à l’Ambassador ? Combien de personnes ont été fauchées ? Bobby Kennedy a-t-il une chance de survivre ?

La nuit est longue. Le peuple américain est tenu dans une insupportable expectative. Il paraît impossible, tout simplement impensable, que le sort s’abatte une seconde fois sur un Kennedy. Non plus le gendre idéal mais, cette fois, le fils rebelle, le héros des classes populaires, le porte-parole des minorités, des jeunes, l’opposant radical à la guerre du Vietnam, l’infatigable défenseur des droits civiques, celui que la mort de John, dont il fut jadis l’attorney général, a conduit aux marges les plus radicales de la famille progressiste, l’espoir de l’Amérique des laissés-pour-compte.

La dernière balle a touché la moelle épinière, mais il est vivant

Depuis près de quarante-huit heures, ils ont retenu leur souffle. Ils ont campé sur le trottoir. Ils ont prié. Ils n’ont pas voulu s’en aller. La résignation gagne. On parle déjà de lui au passé. On promet de venger sa mort. Le tireur, un individu isolé répondant au nom de Sirhan Sirhan, a été immédiatement interpellé, mais on parle d’un second tireur : un policier. Complot ? Comment savoir ? Les traits sont tirés. Un désir de vengeance gronde chez les âmes meurtries. Pas lui ! D’abord son frère, ensuite le révérend King, assassiné deux mois plus tôt. Qu’ils aillent tuer Nixon, ou même le faux démocrate Johnson, tant qu’à faire… Mais pas lui !

Soudain, une mère de famille, qui n’a pas dormi depuis deux jours, désigne la porte en verre. Elle voudrait crier, mais aucun son ne s’échappe de sa bouche. Ce qu’elle vient de voir n’est pas une hallucination. Difficilement, le malade tient à actionner les roues de sa chaise roulante sans l’aide des deux infirmières ; il n’est que douleur, même si les yeux sont encore emprunts de cette douceur extravagante. Il ne marchera plus jamais. Plus jamais il ne se tiendra debout sur de vieux tonneaux, en plein ghetto, devant des foules ardentes. La dernière balle a touché la moelle épinière, mais il est vivant. La clameur qui accompagne la sortie du miraculé en atteste. En réponse, un faible sourire se dessine alors sur son visage d’éternel étudiant de la Nouvelle-Angleterre. »

Dans l’après-midi, Humphrey, McCarthy et McGovern jettent l’éponge. Le 5 novembre 1968,
Bobby Kennedy devient le 37e président des États-Unis, écrasant le républicain Richard
Nixon. Quatre ans plus tard, sa réélection est une formalité. Très affaibli néanmoins, il meurt
en février 1974. Jusqu’en 2008, tous les présidents seront des démocrates. C’est après que les
choses se gâtent… (ndlr)


2-La gauche caviar, une invention américaine

À Woodstock, on a assisté à la naissance d’une culture officielle. La subversion n’est plus ce qu’elle était.

Récit paru dans Le Monde, édition du 20 août 1969. Par Sophie Planchet.

16 août 1969. Festival de Woodstock, État de New York.

Des quatre coins du pays, les jeunes à cheveux longs affluent pour assister au concert géant. Les organisateurs sont débordés, mais les étudiants de Berkeley, fers de lance de l’avant-garde démocrate, veillent au bon déroulement de la manifestation. Pas question que des gauchistes du Socialist Workers Party hostiles au régime ou des Black Panthers aigris viennent perturber le week-end. On a planté des tentes et apporté assez d’herbe pour défoncer la totalité des États-Unis. Janis, Jimi, Joe, Pete… se relaient sur la scène géante. Ils chantent les louanges de RFK au lieu des diatribes anti-guerre auxquelles on se serait attendu en cas de maintien des hostilités. Mais le nouveau président, Bobby Kennedy, a rappelé les boys de la jungle vietnamienne, rompant ainsi nettement avec la politique proguerre de son prédécesseur, Lyndon Johnson, ce « beauf texan » soutenu par l’armée. Les derniers régiments ont quitté Hanoi, ils ont été accueillis en héros à leur retour. D’ailleurs, les voici qui se pavanent par grappes, uniforme ouvert jusqu’au nombril, sur la vaste plaine de Bethel, à une soixantaine de kilomètres de Woodstock. Ce sont les invités d’honneur d’un festival marqué du sceau d’un patriotisme tout neuf. Pour les stratèges démocrates, ils sont aussi la garantie que l’état-major se tiendra tranquille. Qui s’en prend aux soldats se heurte à l’opinion. Et l’opinion préfère ses gars au pays, plutôt qu’à 10 000 miles de là, zigouillés par les Vietcongs.

Et tandis que le ciel se noircit, menaçant les centaines de milliers de festivaliers d’un orage dantesque, une onde orgasmique parcourt l’échine des organisateurs, dont l’intrépide Michael Lang, qui a négocié en douce la venue d’un special guest. Il se pourrait – cela est à prendre au conditionnel – il se pourrait que le président honore le festival de sa venue ! Quand les premières gouttes de pluie inondent le campement géant, le murmure devient réalité. L’hélicoptère présidentiel se pose là où les artistes ont eux-mêmes atterri dans la journée. Un quart d’heure plus tard, Bobby est sur la grande scène. Il y prononce, le buste droit sur sa chaise roulante, stupéfiante réincarnation de Franklin Delano Roosevelt, le plus beau discours de son mandat devant un public recueilli. « Vous êtes l’avenir. Vous êtes l’Amérique. God bless you, God bless America ! », conclut-il. On pleure, on s’embrasse. On n’est plus dans un concert rock, on est à la messe !

Dans le carré VIP, Ethel Kennedy est pareille à une première communiante. Quand Jimi Hendrix lui tend un pétard gros comme ça, elle accepte, polie, et manque de s’étouffer en ricanant. L’homme du « Star-Spangled Banner » n’insiste pas. On parle de lui comme conseiller spécial à la Maison-Blanche chargé des Affaires culturelles, alors autant ne pas transformer d’emblée la première dame en junkie. Bobby, lui, est en grande conversation avec les Who. Santana se joint au petit groupe, tandis que Crosby, Stills & Nash ne perdent pas un mot de ce qui se dit. Le chef suprême évoque le nouveau visage de l’Amérique, cette « troisième voie vers le socialisme » qu’il promeut depuis son élection. On hoche la tête religieusement en signe d’approbation. Graham Nash glisse à l’oreille de son compère Stephen Stills : « Fuck ! Si on m’avait dit qu’on passerait en un an de la contre-culture à la culture d’État… » Stills, hilare : « Ça sert à ça de s’être battus ! »

Sur scène, Joan Baez chante : « We pray for you, Mister President. » C’est certain, le festival de Woodstock restera dans les annales comme la revanche de l’Amérique libérale. Les beatniks ont bien bossé : voici leurs héritiers passés du bon côté de la respectabilité. Un joli paradoxe…

3-Les États-Unis socialistes d’Amérique

Bobby et le « socialisme à visage humain »

Extraits du discours du président Robert Francis Kennedy sur l’état de l’Union, janvier 1974. (Dernier discours prononcé par Bobby Kennedy avant sa mort.)

« (…) Les États-Unis d’Amérique se sont désormais engagés dans une nouvelle voie, celle du socialisme démocratique. Pour cela, je veux avant tout rendre hommage à vous tous, senators, congressmen, qui avez rendu cela possible. Je m’adresse aussi à l’opposition républicaine, qui nous a permis de mener à bien ce bouleversement sans heurts ni violence. La vie d’une grande nation apaisée est à ce prix. (…)

Qu’on ne s’y trompe pas : ce socialisme à visage humain n’est en rien comparable à celui qui asservit des centaines de millions de nos frères à l’Est. Il refuse l’abolition des libertés individuelles comme préalable à l’égalité. Il condamne la société sans Dieu que les théoriciens du marxisme construisent avec haine derrière le rideau de fer. Il s’indigne de voir l’utopie d’une société sans classes trahie par les zélotes de Moscou. À cause d’eux, l’idée même de révolution contre l’ordre inégalitaire capitaliste devient suspecte, alors qu’il s’agit de la seule grande idée que nous autres, pauvres pécheurs, avons su retenir de l’enseignement divin.

Depuis six ans, nous avons mis fin à la guerre stupide au Vietnam. Nous avons institué un système de sécurité sociale pour tous. Nous avons renforcé la législation pour l’égalité entre les citoyens, quelles que soient leurs origines ethniques, leurs croyances religieuses, leurs inclinations sexuelles. Nous avons puni les exploiteurs, donné des droits aux travailleurs, aux femmes. Nous avons pris aux riches pour donner aux pauvres.

À l’extérieur de nos frontières aussi, nous avons choisi le camp de la justice. (…) Je suis fier que le Congrès ait répondu favorablement à l’appel déchirant du peuple chilien, en finançant la lutte héroïque des partisans de mon ami Salvador Allende contre les visées rétrogrades du général Pinochet. Sans vous, Pinochet serait au pouvoir à Santiago au lieu de purger une peine de prison à vie.

Mais notre bilan est infime, au regard de la tâche qui nous reste à accomplir. Mes forces me quittent, mais je sais pouvoir compter sur une nouvelle génération de responsables dévouée au bien commun, une génération qui transformera nos rêves en réalité pour changer la vie de millions d’hommes et de femmes. Abolir la pauvreté. Pourfendre les injustices. Transformer nos villes en havres de douceur, bannir la violence qui ronge encore nos ghettos. Rechercher la paix en toutes circonstances et partout dans le monde. Comprendre nos ennemis tout en gardant la certitude que, un jour, ce sont eux qui nous suivront. Œuvrer, enfin, en vue du seul but digne de toute action politique : unir les hommes dans une société démocratique planétaire, où seul devra régner l’amour de son prochain. (…) »

4-« Beijing strikes California »

La présidente Palin annonce une riposte sans précédent

Interview de Sarah Palin par Diane Sawyer, en direct sur CBS, 13 septembre 2009.

Madame la présidente, merci de nous recevoir dans le bureau ovale alors que l’Amérique connaît les heures les plus tragiques de son histoire. Sans détour, ma première question : qu’allez-vous faire maintenant ?
La guerre. Les États-Unis d’Amérique ont été sauvagement agressés. Nous allons riposter. Vite, fort et sans aucune espèce de scrupule. 2 500 Américains innocents sont morts dans ces attentats. Il est temps que notre grande nation réagisse au lieu d’observer avec lâcheté nos adversaires nous piétiner. Depuis quarante ans, nous n’avons opposé que des mains tendues à des crachats. Cette ère est révolue. Le sang réclame le sang.

Mais ce n’est pas n’importe quel pays. Nous nous attaquons à près d’un milliard et demi
d’habitants !

Nous avons les moyens militaires de remporter cette guerre.

Tous les Chinois ne sont pas en cause !
Nous n’avons rien contre le peuple chinois. Tous ceux qui voudront collaborer avec nous auront la vie sauve. Les autres seront punis.

Permettez ? Avons-nous la preuve irréfutable que le gouvernement chinois est impliqué dans les attentats ? Pékin a démenti.
À 9 heures du matin, ce 11 septembre, deux avions de ligne ont percuté les tours jumelles du World Trade Center. Nos services de renseignements sont formels : les cinq terroristes chinois montés à bord de ces appareils étaient membres du Parti communiste chinois. Vous faut-il une preuve supplémentaire ?

Que voulez-vous dire ? Que nous sommes un peuple de dégonflés ?
Quarante années d’administration démocrate ont dévitalisé les forces de notre pays. Les démocrates ont abandonné le Vietnam. Ils ont voulu faire la paix avec l’URSS. Ils ont encouragé sur notre continent des régimes qui ont piétiné la liberté et la propriété. Ils ont, chez nous, découragé le travail et incité à l’assistanat. Ils ont, en 1984, fait élire un Noir à la Maison-Blanche. Je n’ai rien contre les gens de couleur en général ni contre le révérend Jackson en particulier, mais il y a tout simplement des choses qui ne se font pas. Et qui donnent un très mauvais exemple au monde. Comment s’étonner d’être attaqués, dès lors que nous n’avons cessé d’étaler nos faiblesses ?

Le leader de l’opposition démocrate au Sénat réclame une enquête parlementaire sur les
circonstances de l’attentat…

Vous voulez parler de l’islamophile prochinois Hussein Obama ? Je pense qu’il aurait dû rester social worker dans les bas-fonds de Chicago. C’est là qu’il est le plus utile à son peuple. Par leur histoire, les Noirs ne peuvent être des patriotes. On peut le déplorer, mais c’est ainsi. Allez demander aux familles des pompiers morts dans les tours s’il leur faut une enquête. Les faits parlent d’eux-mêmes.

Cette guerre contre la Chine n’est-elle pas un moyen de remobiliser les Américains ?

C’est d’abord un moyen de nous défendre. Mais aussi, c’est vrai, une occasion inespérée de lutter contre le poison de la décadence, instillé dans l’âme américaine depuis 1968. Il faut réparer le crime originel de la présidence Bobby Kennedy. Cela fait quarante ans que nous attendons ce moment. Et je peux vous dire que nous n’allons pas laisser passer cette chance.

5-« Carla et Cécilia : “Ensemble tout devient possible.” »

La revanche des premières dames

Paru dans Voici du 12 avril 2010 (reprise en pages intérieures de la photo de couverture, où l’on voit, floues mais reconnaissables, Cécilia Attias – ex-Sarkozy – et Carla Bruni-Sarkozy s’embrasser à pleine bouche).

C’est un véritable vaudeville qui agite la planète ! Depuis que nous avons révélé l’idylle fougueuse entre un Nicolas Sarkozy complètement free-minded et la belle Sarah Palin (Voici du 5 janvier), c’est la débandade (sic).

Tout a commencé en décembre au sommet de l’OTAN. Sarah et Nicolas se tiennent discrètement par la main lors du dîner officiel, suite à un entretien en « tête à tête ». Un baiser volé quelques jours plus tard à Washington… On connaît la suite. D’un simple « moment d’égarement » (selon les termes du communiqué commun de la Maison-Blanche et de l’Élysée), on est carrément passé à la love story, où les affaires du monde se traitent sur l’oreiller : la France vient d’annoncer l’envoi de 10 000 soldats sur le front californien. Un Débarquement, mais à l’envers ! Persuasive, la Palin…

Le brave Todd Palin n’en peut plus d’être la risée des humoristes. Il s’est entouré d’une batterie d’avocats et compte bien obtenir un divorce pour faute. En pleine Troisième Guerre mondiale, il faut oser. Quant à Carla Bruni-Sarkozy, elle ne s’est pas embarrassée de telles procédures : elle file le parfait amour – à l’italienne – avec une revenante : Cécilia Attias. L’ex-Mme Sarkozy s’est dit « toute contente » de s’être à la fois délestée de son « gros lourd de mari » et de montrer au monde qu’être une femme libérée, « c’est pas si difficile ». Ah, Nicolas, on t’avait pourtant bien prévenu : « No zob at job ! »

Rapide chronologie récapitulative

1969 : Diffusion à la Maison-Blanche du film promotionnel Easy Rider, où deux militants du Parti démocrate sillonnent les États-Unis à moto pour expliquer les réformes de l’administration RFK à des paysans réfractaires. Naissance du concept de « conduite du changement ».
1970 : Réforme Medicare offrant la sécurité sociale à tous les Américains, y compris en cas d’avortement.
1971 : Abolition de la peine de mort dans toute l’Union. Tollé à droite.
1972 : Manifestation monstre du camp républicain pour protester contre la poignée de main entre Kennedy et Mao Tsé-Toung à Pékin.

1973 : Vote par le Congrès de crédits visant à soutenir le gouvernement du président chilien Salvador Allende contre les miliciens de Pinochet.

11 septembre 1973 : victoire des partisans d’Allende. Signature d’un traité de coopération américano-chilien.
1974 : Mort de Bobby Kennedy. Un million de personnes suivent le cortège funéraire de Washington à New York. Parmi les officiels, le tout nouveau président français, François Mitterrand. Le vice-président McGovern assure l’intérim jusqu’en 1976.
1975 : Fidel Castro déclare : « Cuba doit devenir le 51e État des États-Unis. »
1976 : McGovern élu pour de bon. Il lance la NEP, Nouvelle Politique économique.

1977 : L’aile droite du Parti démocrate est mise en minorité au congrès de Cincinnati. Jimmy Carter, un homme qui a fait fortune dans l’exploitation de l’arachide, en devient le secrétaire général.
1978 : Le ministre Harvey Milk échappe de peu à un attentat.
1979 : Le Tambour, unique Palme d’or au Festival de Cannes. Francis Ford Coppola repart bredouille avec son pensum : La guerre du Vietnam n’aura pas lieu.
1980 : Jimmy Carter élu président. Considéré comme mou et influençable, Carter va pourtant inscrire son nom dans l’histoire : il laisse sa place à un autre quatre ans plus tard !
1981 : Mitterrand réélu en France avec 54 % des voix, contre Raymond Barre.
1982 : Carter dément appartenir à la IVe Internationale.
1983 : Carter défend les mineurs de cuivre de Phelps Dodge (Arizona). C’est bien la preuve
qu’il est trotskiste.
1984 : Greenville, Caroline du Sud, d’où est originaire le pasteur Jesse Jackson, exulte à l’annonce des résultats. Jackson est le premier Noir élu à la présidence des États-Unis.
1985 : Libération de Nelson Mandela.
1986 : Victoire des sandinistes au Nicaragua, financés par les États-Unis.
1987 : Traité de Washington qui scelle la paix entre Palestiniens et Israéliens.

1988 : Le « Jesse Jackson français » Harlem Désir, au sommet de sa popularité, quitte la direction de SOS Racisme et brigue la magistrature suprême. Il est élu au second tour devant Raymond Barre – soutenu cette fois par le FN – le 8 mai.
1989 : En janvier, Jackson prête serment pour son deuxième mandat. Il promet de « débarrasser l’Amérique du cancer de la division raciale ». George Herbert Bush, challenger malheureux, déclare en privé en avoir assez de ces « Nègres qui dirigent l’Amérique ».


1990 : Jean Leloup chante 1990.
1991 : François Mitterrand, prix Pulitzer pour La Graine et le Mulet.
1992 : Jesse Jackson réélu de justesse. Forte poussée républicaine dans les États du Midwest.
1993 : Émeutes raciales dans East Los Angeles suite à l’affaire Rodney King.
1994 : Les États-Unis remportent la Coupe du monde de football, devant leur public, face à la France (Cantona exclu pour agression envers l’arbitre).
1995 : Désir réélu. Bertrand Delanoë à Matignon. « Un Noir et un pédé, où va la France ? », s’interroge le Professeur Choron.
1996 : Élection de Bill Clinton, ancien vice-président de Jackson.
1997 : Hillary Clinton, ministre de la Santé, revient sur les acquis de Medicare : 93 % des médicaments sont déremboursés. Les libéraux du parti crient au scandale.
1998 : La France est éliminée (1-0) par la Croatie en demi-finale de « sa » Coupe du monde, sous l’œil vexé du ministre des Sports, Lilian Thuram.
1999 : George W. Bush rechute : il sombre dans l’alcoolisme une bonne fois pour toutes.
2000 : Réélection de Bill Clinton, malgré le « Monicagate ».


2001 : Odyssée de l’espace.
2002 : Le président Clinton désigne la Chine et la Corée du Nord comme « l’axe du mal » dans son discours sur l’état de l’Union.
2003 : Les républicains se passionnent pour la nouvelle présentatrice de Fox News : Sarah Palin.
2004 : Élection truquée d’Al Gore, ancien vice-président de Clinton. Les démocrates, minoritaires, ont bourré les urnes dans le Tennessee. Ça sent la fin de règne.
2005 : Al Gore déclare que, lui vivant, les États-Unis ne ratifieront jamais les accords de Kyoto.
2006 : Jacques Chirac se baigne enfin dans la Seine.
2007 : Hu Jintao fait brûler la bannière étoilée sur la place Tian’anmen.
2008 : Élection de Sarah Palin. Début de la contre-révolution conservatrice.
2009 : 11 septembre : attentats contre le World Trade Center par des terroristes chinois.
15 septembre : premiers missiles américains tirés sur Pékin et Shanghai. L’ONU proteste.

C’est la première fois que deux membres permanents du Conseil de sécurité se font la guerre. 18 septembre : attaque des États-Unis par la Chine. La Californie est prise pour cible par les navires chinois. Couvre-feu à Los Angeles. Guerre des gangs. Pillages.
2010 : Le gouvernement des États-Unis signe l’Armistice de Canton, où il reconnaît sa défaite. « On l’a bien méritée », selon 74 % des Américains. Les États-Unis deviennent une province administrée par la Chine. Sarah Palin s’engage dans « la voie de la collaboration ». Avec Nicolas Sarkozy, elle adopte un fils, prénommé Hu.

Uchronies célèbres

Littérature
> Le Complot contre l’Amérique, de Philip Roth (Gallimard, 2006). Roosevelt est battu à
l’élection de 1940. Charles Lindbergh, républicain anti-interventionniste, devient président et
signe un traité de non-agression avec l’Allemagne nazie.
> Le Transport de AH, de George Steiner (Julliard, 1981). Hitler ne s’est pas suicidé. Il vit,
réfugié dans un recoin de l’Amazonie profonde. Un commando de Juifs l’a retrouvé et se
propose de le ramener à la civilisation pour le juger.
> Fatherland, de Robert Harris (Pocket, 1996). Berlin, 1964. Les nazis ont gagné la guerre.
Ils ont étendu leur pouvoir jusqu’aux confins de la Russie. Plus un seul Juif ne peut témoigner
de la Shoah.
Cinéma
> Jean-Philippe, de Laurent Tuel (2006). Jean-Philippe Smet n’est jamais devenu Johnny
Hallyday du fait de sa première audition ratée. Il est resté un brave type, prénommé Jean-
Philippe.
> On pourra aussi se référer à la trilogie Retour vers le futur, de Robert Zemeckis (1985-
1989-1990), qui plonge le jeune Marty (Michael J. Fox) dans les mythes fondateurs de son
histoire familiale.

Article initialement publié dans Usbek & Rica (article sur OWNI à l’occasion de la sortie du #1)

Texte : Thierry Keller / Illustrations : Eleanor Wood.

À votre tour, réalisez des uchronies grâce à notre application

Vidéo de présentation d’Usbek & Rica

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